Appel des professionnels de l'enfance

Les enfants ne sont pas la variable d'ajustement des désirs des adultes

Famille + Ecole = Education ? L’équation complexe

meilleur

Un enjeu pour les parents, un enjeu pour l’Etat

L’éducation est un enjeu majeur pour les sociétés, puisqu’il s’agit de former les adultes qui animeront le corps social de demain. Aujourd’hui, les futurs hommes et femmes politiques, les futurs ouvriers, scientifiques, philosophes, artisans, journalistes, enseignants jouent à la poupée, à la PlayStation et sont sur les bancs de nos écoles.
On sait combien les valeurs qui sont transmises à l’enfant dès son plus jeune âge le marqueront profondément dans sa vie d’adulte : Les convictions, les croyances, les comportements s’encrent dans l’enfance.
On comprend que les débats deviennent tendus sur une question qui lie l’Etat, garant d’une cohésion sociale, et la famille, cellule de base de la société.

Une éducation bien malade

L’Education Nationale est bien malade : PISA nous le claironne régulièrement : nous baissons d’année en année dans le classement international. Ainsi nous sommes passés du 17e rang sur 65 en 2003 au 23e pour l’écriture. Un adulte sur 5 ne maîtrise pas la lecture, un sur 4 ne maîtrise pas les nombres. Les enseignants souffrent en France d’un déficit de reconnaissance. C’est une profession souvent « mal-aimée », dévalorisée socialement et financièrement (un enseignant en France est moins rémunéré que dans les pays voisins[1]). Bref, la France a mal à son école.
Mais l’éducation familiale est-elle en meilleur état ? Le constat est fait que de plus en plus d’enfants font l’objet de signalement à cause de comportements inadaptés. Le nombre d’enfants dit « pervers narcissiques » est en augmentation dans les classes et ce, dès le plus jeune âge. Trop de parents n’osent plus tenir leur rôle éducatif, laissant cela à l’école, au pédopsychiatre, à la télévision ou à facebook.
La situation est complexe, car ce double constat est à la fois le symptôme d’une société qui a perdu ses repères (notamment depuis le fameux ‘il est interdit d’interdire’) et la cause de difficultés que nous rencontrons de plus en plus aujourd’hui.

Education : ex-ducere : « guider, conduire hors »

Eduquer vient d’un mot latin qui signifie : « conduire hors », ou « conduire vers. ». Encore faut-il être en mesure de répondre à la question : « conduire vers quoi ? » ou autrement dit : quel projet pour l’enfant ? et la question qui en découle : quel projet pour la société ?
(Nous avons le sentiment de plus en plus fort, ces derniers temps que certains voudraient nous entraîner vers un projet de société qui ressemble de plus en plus au « Meilleur des mondes », dépeint par Huxley. Le temps n’est pas très lointain, où l’on présentait encore ce livre comme une fiction apocalyptique.)
La déclaration universelle des droits de l’homme nous parle de l’éducation en son article 26 et nous propose le but suivant : « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. »
L’Etat a un rôle important dans le domaine de l’éducation, comme le dit ce même article 26.1 : « Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. ».
Mais, toujours selon la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est la famille, responsable de l’enfant qu’elle met au monde, qui donne le ton : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »
Enfin, rappelons l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant qui énonce clairement ce droit fondamental : « l’enfant à […] dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux. »

Quelques propositions pour ne pas simplifier le complexe et ne pas tomber dans la caricature :

Sortons des caricatures et de la simplification du réel ! J’ai parfois entendu la phrase « l’Ecole instruit, la famille éduque ». Evidemment, présenté comme cela, les choses semblent claires et simples !

Et pourtant…

La séparation entre « instruction » et « éducation » n’est pas aussi nette : ainsi, la famille, en plus de son rôle premier d’éducation, a un rôle d’instruction très important : en parlant avec les enfants, en jouant avec eux, en les corrigeant (de nombreuses fois !) sur une formulation maladroite, en leur racontant des histoires, en les emmenant au musée, la famille renforce les savoir-faire, les connaissances, et les valorise.
De son côté, l’école, en plus de son rôle premier d’instruction, a indéniablement un rôle éducatif : en accueillant des enfants de milieux divers, d’intelligences diverses, l’école éduque également les enfants, tout particulièrement dans le domaine de la sociabilisation, du respect des règles collectives, de la découverte d’autres horizons culturels, sociaux, religieux.
Il ne suffit pas de dire que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants pour que, comme par magie, cette éducation soit donnée et assurée !
C’est un fait, trop d’enfants ne reçoivent pas aujourd’hui les bases de l’éducation familiale nécessaire à l’acquisition des connaissances à l’école.

Faire que chacun ait les moyens d’assumer pleinement son rôle et sa responsabilité

C’est pourquoi la famille doit être soutenue, encouragée, fortifiée dans sa mission éducative, et non dépossédée, déconstruite par un Etat qui se substituerait à elle, au mépris des droits élémentaires de l’Homme et de l’Enfant.
Il faut que l’Etat se recentre sur sa mission qui consiste à assurer l’acquisition des savoirs fondamentaux nécessaires à l’exercice de la liberté de la responsabilité des citoyens.
Il nous faut travailler sur la question de l’école, sur la question de la famille, mais également sur la relation qui lie l’école et la famille. Il n’y a pas d’autre chemin que celui du respect et de la reconnaissance mutuelle entre les familles et l’école, au service du bien de l’enfant.
C’est un chemin immense à parcourir. Nous partons de loin.
Pendant des années, nous avons entendu cette question « Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? ».
Aujourd’hui, il est grand temps de répondre à la question : « Quels enfants allons-nous laisser à la planète[2] ».

[1] Interview de Peter Gumbel sur FranceTV info

[2] Pour reprendre le titre d’un film de Pierre Rabhi : « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? »

Publicités

Un commentaire sur “Famille + Ecole = Education ? L’équation complexe

  1. éducatrice petite enfance
    février 1, 2014

    C’est un grand plaisir de lire cette article, je vous en remercie chaudement !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le décembre 12, 2013 par dans Uncategorized, et est taguée , , , , .
%d blogueurs aiment cette page :